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19 Déc2007

Femmes et rebelles en Savoie : Anne de Chypre

Femmes et rebelles en Savoie est cité sur LeChoixDesLibraires.com

Elle vécut au cours du quinzième siècle.
Ce ne fut pas la moindre des rebelles. Elle fut rebelle à son milieu. En même temps qu’elle en faisait pleinement partie. Nombre d’historiens l’égratignèrent. Les bonnes raisons ne leur manquèrent pas…

Rebelle ou empêcheuse de tourner en rond ? C’est ce qu’aurait pu lui reprocher son époux. Mais il l’aimait… Lui dont le parcours ne tourna pas à l’avantage de son duché. La dame n’y fut pas étrangère.
Anne était venue de son île lointaine de la Méditerranée. Elle arrivait de Chypre. Le mari qu’on lui destinait était appelé à régner sur la Savoie. Un pays si différent du sien. On l’avait promise à Louis. Elle n’avait pas eu d’autre choix que de s’engager sur la voie qu’on lui avait tracée d’office. Une femme, fût-elle de la noblesse, ne pouvait prétendre à aucune décision en matière d’épousailles. Celles-ci étaient des affaires d’Etat. Non pas des affaires de coeur. Anne fut mariée à l’âge de quatorze ans. N’y voyez rien d’exceptionnel, les demoiselles devenaient des épouses à peine sorties de l’enfance.
Si la Chypriote n’eut pas à décider du chemin, elle sut rapidement le suivre selon sa convenance…
La Maison de Savoie a toujours su jouer des unions et des alliances. Amédée VIII avait entrepris de marier son fils aîné. Il souhaitait en tirer profit, souvent but initial des mariages dans la haute noblesse. Petit-fils d’Amédée VI surnommé le comte Vert, fils d’Amédée VII dit le comte Rouge, Amédée le huitième du nom était doté d’une personnalité alliant rigueur morale et ferveur religieuse. Son épouse, Marie de Bourgogne, lui donna sept enfants. Elle mourut assez jeune en couches. Il ne s’en consola jamais. S’il se suffisait d’une vie simple, il avait su s’entourer d’une cour brillante et entretenir le prestige de son Etat, l’un des mieux administrés d’Europe. Il avait agrandi ses territoires. C’est lui qui incorpora définitivement le Piémont à la Maison de Savoie. Ne cessant de prôner les vertus de la paix, il élabora les Statuts de Savoie, sorte de constitution en avance sur son temps et qui assurait une justice plus équitable. Les autres souverains avaient compris ses qualités et voyaient en lui un nouveau Salomon. Ils ne négligeaient jamais ses interventions dans le jeu de la diplomatie. En 1416, l’empereur germanique Sigismond fit une escale à Chambéry et érigea le comté au rang de duché. L’historien Raymond Oursel écrira que d’un pays constitué de « terroirs crottés et montueux », le duc avait fait un véritable « Etat dans l’Europe moderne ».
Un rêve habitait Amédée, il voulait occuper une position avantageuse en Méditerranée. Ses espérances pour y parvenir s’orientaient vers une île. Voilà pourquoi son projet était d’unir son fils à la fille du roi de Chypre. Il voyait dans cette alliance un atout majeur pour sa maison. Outre les aspects stratégiques et commerciaux, l’île représentait la défense la plus orientale de la chrétienté contre l’islam.
Du Xle au XIIIe siècle, les croisades avaient envoyé princes et chevaliers vers les terres d’Orient, pour guerroyer contre les infidèles et délivrer les lieux saints occupés par les Musulmans. Il y eut des seigneurs pour conquérir des territoires. C’est ainsi qu’une famille allait bouleverser le destin de Chypre. L’île était convoitée depuis les temps les plus anciens. En 1196, elle fut acquise par les Lusignan, une dynastie originaire du Poitou. Selon la tradition, cette famille descendait de la mythique Mélusine, mi-femme et mi-serpent, que rapportent de fabuleux récits. D’une grande beauté, la fée avait épousé le comte de Forez, noble personnage répondant au nom de Raimondin. Ce fut la plus agréable des épouses, mais elle avait scellé un pacte qui ne cessait d’intriguer son mari. Chaque samedi, elle se retirait dans une pièce mystérieuse de leur somptueuse demeure. Le comte avait promis de ne jamais percer son secret. Sa curiosité et sa jalousie eurent raison de sa patience. Que faisait son épouse durant ses absences ? Avait-elle un amant ? Un jour, il ouvrit la porte. Par ce geste, il brisait le pacte. Mélusine était nue dans sa baignoire. Au-dessus du nombril, elle avait son corps de femme, avec ses épaules rondes et ses seins haut plantés. Sous le nombril, ce n’était plus une femme. Elle avait une queue de serpent. Dans un bruit effroyable, elle s’échappa par la fenêtre et disparut à jamais…

Auteur : Jean-Marie Jeudy
Préface : Abdelkader Zibouche
Date de saisie : 18/12/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances…
Editeur : En train de lire
Prix : 25.90 € / 169.89 F
ISBN : 978-2-9528349-1-9
GENCOD : 9782952834919
Sorti le : 26/11/2007

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