Marie-Louise Jaÿ, la bergère de Samoëns

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Marie-Louise Jaÿ, la bergère de Samoëns

La cité de Samoëns cultive un charme discret autour de son tilleul, un arbre cinq fois centenaire qui trône au cœur du bourg. Dans cette commune des bords du Giffre, tous les habitants connaissent le nom de Marie-Louise Jaÿ. Voilà une Septimontaine qui connut un parcours étonnant.

Marie-Louise Jaÿ est née en 1838 dans un hameau de Samoëns. Sa famille n’est pas très riche. Rapidement placée pour rapporter un peu d’argent, elle garde un troupeau de chèvres sur les hauteurs du hameau. A l’âge de seize ans, elle est envoyée chez une tante vivant à Paris. C’est l’époque où naissent les Grands Magasins de la capitale. Marie-Louise débute comme vendeuse dans une boutique de lingerie féminine où elle apprend les ficelles du métier. Puis elle se fait embaucher au célèbre Bon marché.

Son destin prend tournure lorsqu’elle épouse un marchand ambulant, un certain Ernest Cognacq, lui-même un émigré, ayant débarqué de l’île de Ré. Les deux s’entendent à merveille. Dotés d’un tempérament entreprenant, ils vont conjuguer leurs talents et suivre une trajectoire fulgurante. En 1870, ils créent une boutique à l’enseigne de la Samaritaine qui deviendra l’un des plus fameux magasins de la capitale. De la simple échoppe surgira un immense empire voué au commerce. Soit un ensemble de cinq immeubles – de style Art nouveau – occupant un vaste périmètre à proximité du Louvre. En 1927, la Samaritaine fait travailler plus de huit mille employés. Les Cognacq-Jaÿ sont richissimes. En philanthropes éclairés, ils investissent dans des œuvres sociales, culturelles ou scientifiques. Celle qu’on appelle la Samar devient une véritable institution que tous les Parisiens fréquenteront jusqu’à une date récente.

La vie bien remplie de Marie-Louise ne lui fait pas oublier son pays natal. Pour Samoëns, elle veut apporter un atout touristique. Elle décide d’y créer un jardin botanique alpin qu’elle offre à sa commune en 1906. Ce jardin est baptisé la Jaÿsinia en hommage à sa fondatrice. Puis Marie-Louise fait bâtir une maison médicale où un docteur est logé gratuitement, en échange des soins donnés pour les indigents. Une sorte de « Sécu » avant la lettre.
La Jaÿsinia existe toujours. Elle mérite la visite. On a récemment célébré son centenaire. Quant à la Samaritaine, elle a fermé depuis quatre années. Il faut espérer qu’elle renaîtra, car elle fait partie du patrimoine de la capitale.

Jean-Marie Jeudy

By |2008-03-25T11:03:29+02:00avril 12th, 2008|Jean-Marie Jeudy|Commentaires fermés sur Marie-Louise Jaÿ, la bergère de Samoëns

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