Songez que dans notre prime jeunesse, en Savoie, nous vivions encore à peu près au même rythme que nos lointains aïeux.
La plupart des paysans, continuaient de labourer leurs champs avec le brabant attelé à des couples de bœufs ou à de solides percherons aux pattes poilues. L’évolution vers un monde meilleur et plus mécanisé avait été bloquée par la guerre. Les rationnements dus aux réquisitions des occupants nazis et fascistes nous obligeaient à des privations qui seraient aujourd’hui impensables. C’est pourquoi les Savoyardes et Savoyards de notre génération, quand ils regardent derrière eux et explorent mentalement leur enfance, ont l’impression d’effectuer un voyage intersidéral à travers les galaxies avant de retrouver ce monde perdu où, en dépit des pénuries, ils gardent le sentiment d’avoir jadis vécu dans le pays de Cocagne.
Jean Bertolino