Tempête en haute montagne.
Et des hommes qui l’affrontent pour y chercher un sens à leur vie. Auront-ils encore, après cette bataille contre les embruns de la montagne, le désir de regagner la vallée ?
Aux éditions La Fontaine de Siloé à partir d’août 2008.

Extrait

Je ne sais pas d’où est partie la pierre… De très haut sûrement… Lorsque je me suis retourné, en entendant le vieux guide gueuler, j’ai vu la tête de Nadia qui éclatait comme un fruit mûr… Et ce corps inerte, désarticulé par les rebonds, qui m’arrivait dessus avec une vitesse insoupçonnable… L’arrêter ! C’est la seule idée qui m’est alors venue en tête. Arrêter cette folle glissade. Sauver Nadia ! Ma force y suffirait… Arc-bouté sur mon piolet, j’allais tenir. Comme l’aurait fait le moindre des héros de mes rêves…. Elle ne pesait pas lourd, j’allais tenir ! J’en étais sûr !
Non !
Le choc fut d’une violence extrême, je me suis senti arraché à la neige et entraîné dans une dégringolade infernale. Heurts brutaux, gants qui s’arrachent, brûlures sur la peau, culbutes inimaginables, éclairs d’inconscience. Sans oublier ces pénibles rencontres avec le corps ensanglanté de Nadia. Longs ! Très longs… ces instants paroxystiques. Avec, pour point d’orgue, le saut de la rimaye. Vingt mètres de vol plané ! Et cette perception très nette que tout va s’arrêter… Même la vie.
Surtout la vie !
Mais il n’en fut rien. La dégringolade s’est ralentie puis interrompue quelques secondes plus tard, après une dernière glissade indolente sur la neige molle du cône de déjection. Groggy, hébété, je me suis relevé comme un homme ivre. Un carillon dans la tête, du sang sur les mains et le visage, une manche de veste déchirée, plus de sac, plus de piolet, plus de lunettes. Et c’est en titubant que je me suis approché de Nadia…