Commentaires copiés au fond du tiroir (le blog de l’auteur) :

Ma fille me demande: “C’est quoi, ton nouveau livre ? Un roman ?

– Non.

– Alors, c’est un documentaire.”

Elle a raison. Je documente, je rends compte, je témoigne à ma mesure des étrangetés de la nuit.

Je prends les rêves au sérieux. Pas de façon surnaturelle – je n’y cherche ni prémonition (puisque l’avenir n’existe pas), ni portail sur l’au-delà (je n’ai pas cet orgueil-là), ni universelle “clef des songes multi-usages” genre couteau suisse (puisque le sens est fermé de l’intérieur). J’y trouve simplement une matière plus riche et plus complexe, plus drôle ou plus terrifiante, plus émouvante et tellement plus étrange que certaines journées passées en plein soleil.

Je me souviens d’avoir lu un article (je crois qu’il émanait d’une université canadienne) qui affirmait avoir percé le mystère, avoir trouvé le sens du rêve, sa fonction immémoriale et primitive : combiner des éléments du réel afin d’en présenter au rêveur une formule possible, ceci afin qu’il se prépare à l’affronter si jamais elle survenait de jour. Combiner : imaginer, en somme. Ni plus, ni moins. (Par extension, cette stimulante approche pourrait être appliquée au cinéma, dont on sait depuis Cocteau qu’il est “le moyen de faire rêver le même rêve à plusieurs personnes en même temps” : effectivement, d’innombrables films m’ont préparé à d’innombrables situations, c’est un autre sujet… Sur lequel on peut voir avec profit le court métrage Just like the movies.)

L’homme des cavernes rêva peut-être d’un mammouth se ruant sur lui dans la plaine. Ce faisant, il n’avait inventé ni le mammouth ni la plaine, mais avait placé mentalement l’un sur l’autre parce que cette situation était après tout possible, et qu’il était utile de la visualiser les yeux fermés afin de ne pas être pris au dépourvu le jour venu. Tant pis si l’hypothèse est prosaïque, elle est intéressante parce qu’elle rappelle que le champ des possibles n’a rien de rationnel – il est émotionnel. Ce à quoi nous préparent les rêves (et les films), ce n’est pas tant les événements que les émotions. Un mammouth, ça fout les jetons. Je m’en souviendrai, le jour où quelque chose, un mammouth ou n’importe quoi, se ruera sur moi. De là à dire que ça me servira de leçon…

Mais depuis quand tirons-nous des leçons des documentaires ? Si c’était le cas, la paix règnerait sur la terre.

L’Echoppe est née de cinq conditions propices : le soin, la joie, la liberté, la grâce (au sens de “gratis”) et plus que tout une déterminante complicité avec le Factotum de première classe du FdT, j’ai nommé Patrick Villecourt. Patrick s’est dépassé sur ce bouquin sui generis à la mine gracieuse, mystérieux, homogène et pourtant fourmillant. Je le lui ai déjà dit en privé, mais je le répète devant tout le monde (ça va ? tout le monde est là ? serrez-vous, au fond) : merci, vieux. Nous avons bien travaillé sur cette Echoppe, MAIS ! MAIS ! MAIS ! on va faire encore mieux la prochaine fois.

L’Echoppe ne sera jamais réimprimée, quelle que soit la durée nécessaire à l’épuisement du stock. Le caractère évanescent de ce volume fugitif comme une volute participe de la beauté du geste.

Pour en savoir plus, c’est donc toujours au fond du tiroir :

http://www.fonddutiroir.com/blog/