04 mai2010

Marcheur de son état, accompagnateur en montagne, écrivain, conteur et contemplatif, Jean-Marie Jeudy raconte au quotidien l’éphéméride savoyard à 6h40.

Dans cette tranche horaire :
06h20 : Jardinage
06h25 et 8h25 : L’économie en Pays de Savoie
06h40 : L’Ephéméride Savoyard de Jean-Marie Jeudy
06h50 et 8h20 : L’actualité sur Suisse
Publié dans la rubrique Jean-Marie Jeudy par Livres en Marches
15 avr2008
Beaucoup de noms illustres se rapportent au monde des sports d’hiver. Notamment parmi les concepteurs et les constructeurs des stations. Certains de ces noms sont moins connus. Tel celui de Charlotte Perriand. Et pourtant !
Originaire de Yenne par son père, voici une femme qui se forgea une réputation dans le monde de l’architecture et de l’urbanisme moderne. Une femme qui sut remplir son existence. Ivre d’espace, folle de nature et passionnée de montagne, elle cultivait un impérieux besoin de liberté.
Au collège, un enseignant perçoit son habileté pour le dessin. Elle est dirigée vers une école des arts décoratifs. Lorsqu’elle achève ses études, ses professeurs lui conseillent d’exposer ses réalisations. Ce qu’elle fera au salon d’Automne de Paris en 1926. Puis à la lecture d’un ouvrage écrit par Le Corbusier, elle va frapper à la porte du célèbre architecte. L’accueil est mitigé, mais le maître l’accepte dans son atelier. Durant dix ans, elle travaille sous ses ordres, s’initiant à l’architecture sous toutes ses formes. Puis elle décide de voler de ses propres ailes. Ainsi débute une longue carrière où ses réalisations feront d’elle l’une des meilleures conceptrices de l’aménagement intérieur. Pour exemple, elle participe à la création de la Cité radieuse à Marseille.
Son style fut influencé par un séjour au Japon. Ce fut la révélation. Là-bas, elle découvre le raffinement de l’art japonais qui marquera ses futurs travaux. Puis elle s’investit dans des projets concernant la montagne. Elle œuvrera pour plusieurs stations de Tarentaise.
Lorsque le promoteur Roger Godino envisage la création d’une station de sports d’hiver au-dessus de Bourg-Saint-Maurice, ayant eu vent de ses talents, il rencontre Charlotte et lui demande de se joindre à son équipe. C’est elle qui apportera son esprit aux Arcs. Parmi ses idées innovantes, elle propose une station interdite à la voiture, un espace où l’homme puisse se ressourcer en toute liberté. Elle a soixante ans, elle consacrera vingt années à cette station. Outre l’équipement intérieur des appartements, son rôle consistera à donner une cohérence à l’ensemble de la réalisation. Et l’on peut s’étonner de l’immeuble appelé la Cascade à Arc 1600. Ce bâtiment qui joue avec la neige et le soleil est né de l’imagination de Charlotte Perriand. Evoquant son travail aux Arcs, Roger Godino a écrit : Elle est arrivée à point pour nous permettre d’oser.
Jean-Marie Jeudy
Le parcours de Charlotte Perriand est raconté dans l’ouvrage « Femmes et rebelles » de Jean-Marie Jeudy, aux Editions « En train de lire et Dfis ».
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12 avr2008

La cité de Samoëns cultive un charme discret autour de son tilleul, un arbre cinq fois centenaire qui trône au cœur du bourg. Dans cette commune des bords du Giffre, tous les habitants connaissent le nom de Marie-Louise Jaÿ. Voilà une Septimontaine qui connut un parcours étonnant.
Marie-Louise Jaÿ est née en 1838 dans un hameau de Samoëns. Sa famille n’est pas très riche. Rapidement placée pour rapporter un peu d’argent, elle garde un troupeau de chèvres sur les hauteurs du hameau. A l’âge de seize ans, elle est envoyée chez une tante vivant à Paris. C’est l’époque où naissent les Grands Magasins de la capitale. Marie-Louise débute comme vendeuse dans une boutique de lingerie féminine où elle apprend les ficelles du métier. Puis elle se fait embaucher au célèbre Bon marché.
Son destin prend tournure lorsqu’elle épouse un marchand ambulant, un certain Ernest Cognacq, lui-même un émigré, ayant débarqué de l’île de Ré. Les deux s’entendent à merveille. Dotés d’un tempérament entreprenant, ils vont conjuguer leurs talents et suivre une trajectoire fulgurante. En 1870, ils créent une boutique à l’enseigne de la Samaritaine qui deviendra l’un des plus fameux magasins de la capitale. De la simple échoppe surgira un immense empire voué au commerce. Soit un ensemble de cinq immeubles – de style Art nouveau – occupant un vaste périmètre à proximité du Louvre. En 1927, la Samaritaine fait travailler plus de huit mille employés. Les Cognacq-Jaÿ sont richissimes. En philanthropes éclairés, ils investissent dans des œuvres sociales, culturelles ou scientifiques. Celle qu’on appelle la Samar devient une véritable institution que tous les Parisiens fréquenteront jusqu’à une date récente.
La vie bien remplie de Marie-Louise ne lui fait pas oublier son pays natal. Pour Samoëns, elle veut apporter un atout touristique. Elle décide d’y créer un jardin botanique alpin qu’elle offre à sa commune en 1906. Ce jardin est baptisé la Jaÿsinia en hommage à sa fondatrice. Puis Marie-Louise fait bâtir une maison médicale où un docteur est logé gratuitement, en échange des soins donnés pour les indigents. Une sorte de « Sécu » avant la lettre.
La Jaÿsinia existe toujours. Elle mérite la visite. On a récemment célébré son centenaire. Quant à la Samaritaine, elle a fermé depuis quatre années. Il faut espérer qu’elle renaîtra, car elle fait partie du patrimoine de la capitale.
Jean-Marie Jeudy
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